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Le Venezuela le socialisme du XXIème siècle

Samedi 4 août 2007, par Pierre BEAUDET

Le socialisme du siècle actuel se fera à la fois en continuité et en rupture avec le socialisme du siècle passé. Nos luttes, nos résistantes, nos perspectives actuelles s’enracinent dans une grande lutte d’émancipation de l’humanité qui dure depuis longtemps. En Amérique latine, nous continuons de porter l’étendard des Tupac Amaru, Simon Bolivar, Emiliano Zapata, José Marti, Antonio Mella, Augusto Sandino, Farabundo Marti, Carlos Mariategui, Luis Carlos Prestes, Ernesto « Che » Guevara, Salvador Allende et des milliers d’autres dont les noms et les visages sont inconnus mais qui ont été et qui demeurent nos héros. Nos résistances sont aussi alimentées par des milliers d’autres combattants de la liberté dans le monde, en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord. Cet héritage très riche doit être brandi avec honneur en n’oubliant jamais toutefois que l’essence du socialisme et de la lutte pour la transformation sociale est de garder sa pertinence dans un monde en perpétuel mouvement. Évidemment, nous savons tous qu’il n’y a pas de « modèle » ni de plan établi qu’il s’agit de copier. La réalité sociale extrêmement vaste, riche, fluctuante est un terrain sur lequel nos imaginations, nos créativités, nos intuitions doivent se déployer avec courage et persévérance, en sachant qu’il faut parfois sortir des sentiers battus.

Le socialisme du 21ième siècle sera écosocialiste ou ne sera pas

Aujourd’hui, le capitalisme contemporain sous la forme du néolibéralisme atteint un degré inédit dans l’exploitation et l’oppression des peuples et des classes populaires. Mais en plus de subordonner les dominés, le capitalisme d’aujourd’hui est en train de détruire la planète. Nous sommes donc doublement menacés en tant que dominés et en tant qu’êtres humains par un système aussi absurde que violent. Pour imposer ce « modèle », ce capitalisme a créé une série de paradigmes qui sont présentés comme des évidences, des processus naturels, et qui enferment la pensée. La croissance économique à tout prix, l’exploitation effrénée des ressources, le consumérisme, la négation de la pluralité de l’expression sociale, la déshumanisation se combinent pour créer une des plus grandes crises de l’histoire de l’humanité et qui s’exprime au niveau économique, social, politique, culturel et évidemment, écologique.

Ou bien nous réussirons à empêcher ce processus. Ou bien le monde dans lequel nous vivons va glisser dans la barbarie et la destruction. Pour le bloquer cependant, il faut proposer une alternative. Contrairement au passé, le prochain socialisme devra dans ce contexte élaborer un autre modèle dépassant l’économicisme, le scientisme, la croyance aveugle dans le progrès technique pour réinventer, en se servant des savoirs et des talents des peuples, une autre mode de développement, capable non seulement de satisfaire les besoins essentiels actuels, mais d’assurer la reproduction des ressources dont nos descendants auront besoin. Des milliers de projets de petite envergure sont en train d’être expérimentés à ce niveau pour changer nos modes de produire, de consommer, de traiter avec la nature. Une perspective écologique de transformation sociale, qu’on peut appeler l’éco-socialisme est indispensable non seulement pour nourrir et soutenir les trois milliards de pauvres sur la planète, mais aussi pour bloquer les catastrophes qui s’en viennent dans le sillon des destructions du néolibéralisme.

Le socialisme du 21ième siècle sera démocratique ou ne sera pas

Dans le passé, les volontés émancipatrices des peuples se sont exprimées dans de splendides révolutions et de magnifiques mouvements. Nous revendiquons cet héritage et sur la base de ces expériences, et nous voulons approfondir la capacité de nos luttes de produire une humanité consciente de ses besoins, autonome, libre. En ce moment, le néolibéralisme en plus de détruire l’économie et l’environnement est en train de détruire la démocratie. Sous le chapeau de la guerre sans fin de Bush et des efforts des dominants un peu partout dans le monde pour promouvoir l’autoritarisme, on assiste à une grave érosion des libertés publiques, une véritable « guantanamoisation » du monde. Le socialisme prochain sera le champion des luttes pour reconstruire une véritable démocratie en fonctionnant essentiellement et simultanément à trois niveaux :

  Défendre et promouvoir la démocratie représentative en lui redonnant son sens véritable, en assainissant la vie politique, le système des partis, les structures électorales, en garantissant l’indépendance du judiciaire, la liberté des médias et des associations. Tout cela impliquant une culture du respect, de la tolérance, de la négociation.

  Développer et intensifier la démocratie sociale et économique
o Imposer par la constitution ou d’autres moyens le principe que les besoins de base des humains (travail, terre, eau, santé, éducation) prédominent sur les autres droits ou besoins
o Agir par « discrimination positive » en faveur des démunis et des exploités, en particulier les exploités des exploités qui sont les femmes, les enfants, les autochtones, les réfugiés, les exclus.
o Également lutter sans merci contre la dette odieuse et criminelle qui empêche les peuples et les pays de vivre.

  Enfin développer de nouveaux mécanismes de participation au pouvoir, de manière à briser la monopolisation de celui-ci par un petit groupe, de donner aux dominés la possibilité de pouvoir réellement décider sur leur sort et de se transformer en agents directs de la transformation sociale, de décentraliser le processus de prise de décision en faisant en sorte que tous aient accès aux mécanismes permettant de restructurer la vie sociale en fonction des besoins des gens.

Le socialisme du 21ième siècle sera internationaliste ou ne sera pas

La mondialisation néolibérale du monde sous l’égide du capitalisme contemporain implique une transformation radicale du monde que Karl Marx avait prophétiquement évoqué dans son Manifeste de 1848. Aujourd’hui, tout cela se fait sous nos yeux. Dans un sens, cette mondialisation accélère le potentiel des alternatives globales qui se construisent un peu partout. Par contre, elle implique une réelle appropriation, théorique et pratique, de l’internationalisme comme mode d’action, au-delà des déclarations de principe et des bonnes intentions.

Le socialisme prochain sera en mesure de construire, de développer, de consolider des passerelles qui existent entre les peuples, les couches populaires, les organisations qui luttent pour la transformation sociale. Il s’appuiera sur les mécanismes mis en place dans le sillon du Forum social mondial, des coordinations internationales des mouvements paysans (Via campesina), des femmes (Marche mondiale des femmes), des syndiqués et des jeunes. Il élaborera des stratégies de développement communes comme on le voit dans le cadre des convergences des États et des gouvernements progressistes en Amérique latine, notamment l’ALBA. Il se permettra d’intervenir en faveur des luttes et des résistances partout dans le monde en reconnaissant le caractère éminemment international de la lutte.

Le Venezuela au centre de la construction des alternatives

La révolution bolivarienne a déclenché dans ce pays et au-delà dans le continent et dans le monde un nouveau cycle d’élaborations, de recherches, de convergences. Cette révolution permet des ouvertures extraordinaires facilitant l’auto-organisation du peuple, l’élaboration de nouveaux mécanismes de pouvoir (les conseils communaux), le développement de nouvelles solidarités internationales.

Pour le mouvement social du monde entier, c’est une importante base d’appui, un laboratoire, une source d’inspiration et d’encouragement. Ce qui permet également de dégager des sources d’appui, de créativité, de travail commun, un peu partout dans le monde, et qui veulent travailler avec et pour le peuple vénézuélien et la révolution bolivarienne. Sur chacun des chantiers évoqués plus haut (écosocialisme, démocratie, internationalisme), il y a des coopérations solidaires concrètes à mettre en place.

D’autres rendez-vous seront nécessaires pour élaborer davantage tout cela. Mais d’ores et déjà, des centaines de projets sont en cours d’élaboration liant ensemble des mouvements sociaux, des gouvernements progressistes, des intellectuels de plusieurs pays, en Amérique latine et même au-delà. En 2009, le Forum social mondial reconvoque les mouvements de tous les pays à Bélem à la frontière des pays de l’Amazonie. En 2008, le Forum social des Amériques se réunira à Guatémala Ciudad. D’autres rencontres et d’autres processus sont également en marche ce qui permettra de valoriser encore davantage les élaborations de la Cumbre et les expériences concrètes de coopération altermondialiste et solidaire qui vont en découler.

* Présentation faite dans le cadre du 6e sommet pour l’union latino-américaine et caribéenne organisé par le gouvernement vénézuélien à Caracas, du 31 juillet au 5 août 2007.