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NIGER

La paix est-elle possible ?

Jeudi 15 mai 2008, par Albert Chaïbou

Le 13ème anniversaire de la journée nationale de la concorde a été célébré le 24 avril dernier dans un contexte particulier avec la résurgence depuis février 2007 d’une rébellion armée dans le Nord du pays. S’adressant à la nation à cette occasion, le Président de la République qui a fait un bref rappel historique des rébellions armées qu’a connues le Niger dans les années 1990 et tout le processus qui a conduit à la signature des accords de paix et à la célébration de la cérémonie de la flamme de la paix qui marquent officiellement le retour de la paix dans le pays, a appelé les Nigériens à percevoir le sens profond de cette journée nationale de la concorde.

Aujourd’hui dit il « …d’autres Nigériens prétendument non satisfaits de l’application des accords de 1995, ont repris les armes contre leur pays, dans le sombre dessein de réduire à néant les efforts collectifs entrepris par la communauté nationale et internationale. Le tort causé par l’agissement de ses concitoyens….est énorme. Rien si non la mauvaise foi et la manipulation ne présageaient de cette situation ». Le ton apaisé de ce discours du président où les qualificatifs de « bandits armés » et de « trafiquants de drogue » utilisés d’habitude pour désigner les rebelles du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) ont fait place à « concitoyens qui ont pris les armes contre leur pays » ou des « groupes armés » a été largement commenté dans la presse locale qui voit en filigrane une volonté du pouvoir nigérien d’abandonner désormais l’option guerrière qu’il a privilégiée depuis le déclenchement du conflit pour créer les conditions de l’ouverture certainement très prochaine des négociations avec le MNJ. En tout cas le président de la République s’est forgé en cette journée symbole du 24 avril, l’image d’un partisan de la paix même s’il soutient mordicus que lui et le gouvernement sont toujours restés ouverts « pour des pourparlers constructifs avec les différentes composantes de la société nigérienne sur des questions spécifiques et corporatistes ».

La déclaration du parlement, le 12 avril dernier, favorable à une voie négociée du conflit, le ballet diplomatique des Libyens dont le pays est engagé depuis le mois passé dans la médiation entre le gouvernement malien et la rébellion et qui cherche à jouer le même rôle au Niger, la réaction du MNJ qui annonce récemment -après plusieurs mois de mutisme !- se désolidariser des propos tenus dans un journal français par Rhissa Ag Boula, un ex-chef rebelle, partisan d’un irrédentisme touareg,… sont autant de signes qui présageaient déjà de cette mutation dans le discours du président Tandja. En effet, tout semble avoir été préparé pour l’ouverture des négociations entre le gouvernement nigérien et la rébellion armée.

L’étape première constitue pour les belligérants à marquer par le discours, leur volonté à l’apaisement. Ce qui fut fait aussi bien du côté du pouvoir que de celui du Mnj. En effet, le président Tandja a dans son discours à la nation du 24 avril dernier dit que « le Niger n’a pas besoin d’un conflit fratricide ». C’est pourquoi il a invité « ceux qui continuent encore à détenir les armes, à les déposer sans délai …à réintégrer pacifiquement la République pour l’œuvre de construction nationale ». Le MNJ pour sa part a annoncé à travers un communiqué signé par son chef Agali Alambo et diffusé sur son blog que suite au message du président de la République, il « réaffirme son engagement à privilégier le dialogue dans le règlement du différend qui l’oppose au pouvoir en place à Niamey et sa disponibilité pour la recherche d’une solution juste, équitable et pérenne à la crise qui secoue le pays ».

En se referant à ces discours, on peut affirmer que le ciel entre Niamey et le Mont Tamgak (base arrière du MNJ) commence à être serein, même si quelques zones d’ombre persistent toujours. Les rebelles qui semblent disposer à serrer la main tendue du président Tandja veulent des garanties. C’est du moins le sens de leur discours lorsqu’ils émettent le doute sur la réelle volonté du Président Tandja à accepter de négocier avec eux. Selon eux, le message à la nation du Président « reste intrinsèquement identique au discours tenu depuis le début du conflit » sauf disent ils l’omission du mot « bandits » remplacé par « bandes ». C’est aussi le sens de leur réaction lorsque ils demandent au gouvernement d’« arrêter cette pathétique litanie de déposer les armes et rentrer au bercail ».

Pour le MNJ, « le dépôt des armes qui se traduit dans un premier temps par une trêve pendant toute la durée des négociations ainsi que la libération des prisonniers de guerre ne seront décidés que pendant les pourparlers devant aboutir à une paix définitive ». Mais auparavant, les rebelles posent des conditions. Ils demandent la levée dans la région d’Agadez, de la mesure de mise en garde décrétée en août 2007 par le Président de la République, l’ouverture d’une enquête indépendante sur les massacres de civils, la libération des personnes détenues arbitrairement, l’arrêt des intimidations, séquestrations et autres violations des droits de l’homme. Ces préalables n’étant pas théoriquement difficiles à concrétiser, on peut penser que les belligérants qui viennent de manifester leur volonté à faire la paix, travailleront à arrêter sur le terrain les opérations militaires qui se poursuivent hélas, à aller dans les prochains jours vers des négociations en vue d’un règlement pacifique du conflit. Il reste maintenant à traduire tous ces discours en actes. C’est à notre sens, le défi à relever.


Voir en ligne : www.alternative.ne